Mort de Georges Labica

:: Francis Combes :: 14.Feb.09 :: Analysis

Le philosophe Georges Labica vient de décéder, brutalement, le jeudi 12 février, d’une hémorragie cérébrale.

Ceux qui ont eu la chance de la fréquenter et de travailler avec lui ressentent une grande peine et une énorme perte. Georges était un homme fraternel, à l’intelligence toujours en éveil, un intellectuel ouvert et combatif, un pédagogue et un orateur hors pairs, un esprit libre et un militant dont l’internationalisme et l’engagement ne se sont jamais démentis. Il était certainement l’un des penseurs marxistes les plus marquants d’aujourd’hui.

Outre son activité d’enseignant pendant des années, de l’Algérie à la faculté de Nanterre, il a produit une œuvre théorique nécessaire pour notre époque. Il fut notamment le co-directeur de cette somme qu’est « le Dictionnaire critique du marxisme ». Et, récemment, il avait fait paraître un grand essai, à contre-courant des platitudes bien pensantes en vogue actuellement, sa « Théorie de la violence » .

Aux éditions Le Temps des Cerises, il a notamment publié « Démocratie et révolution », qui explore de façon vive et stimulante le rapport entre ces deux termes, contribuant par là à refonder une pensée révolutionnaire pour aujourd’hui. Pour lui, Démocratie et Révolution sont plus que jamais indissociables. La démocratie pour la révolution, la révolution pour la démocratie : il n’est pas d’autre programme dans la lutte des classes antilibérale et anti-impérialiste, où la violence dominante appelle la violence révolutionnaire des dominés, comme sa seule réplique adéquate.

Du « Livre noir du capitalisme » à « Y a-t-il une vie après le capitalisme », en passant par « Maîtres du monde » ou « l’Empire en guerre », Georges Labica a été partie prenante de tous les grands ouvrages collectifs que la maison d’édition a publié ces dix dernières années pour riposter aux guerres de l’empire ou réfléchir à l’alternative possible.

Connaisseur attentif du monde et de la culture arabes il avait aussi confié au Temps des Cerises son choix de textes commentés de la « Muqqadima » du grand historien Ibn Khaldun.

Georges Labica a aussi régulièrement participé aux travaux de la revue Commune, et chacune de ses contributions y était d’un apport éclairant et décisif. Celui d’un esprit lucide, certainement l’un des intellectuels contemporains français les plus brillants, qui était en même temps qu’un penseur un militant, un homme de réflexion et d’action.

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